L’acronyme Cern
signifie Conseil européen pour la recherche nucléaire. Lorsque le Cern
fut créé en 1954, le noyau atomique marquait les frontières de la
connaissance en physique, et le mot « nucléaire » était donc bien à sa
place dans le nom du Cern.
Aujourd’hui l’objectif de la recherche a progressé au plus profond des noyaux, jusqu’aux quarks qui donnent naissance aux protons et neutrons
du noyau atomique, et à de nombreuses autres particules éphémères. En
reconnaissance de sa vocation, le laboratoire est maintenant désigné
comme « Laboratoire européen pour la physique des particules ». C’est
aussi un peu plus rassurant pour ceux qui assimilent « nucléaire » à «
dangereux ». Lorsque l’on arrive au Cern, par la route qui vient de
Genève, on trouve les bureaux du Laboratoire d’un côté, tandis que les
champs situés en face ont vu se dresser un bizarre édifice sphérique
d’environ 20 m de haut et de couleur marron, qui au premier abord a un air
de réacteur nucléaire. De loin cela ressemble à quelque bâtiment
désaffecté tout rouillé, mais à y voir de près on constate qu’il est en bois et est appelé « Le Globe ».
Une fresque de 53 m de long et 6 m de hauteur est installée le long de la rampe du Globe au Cern.
Le Globe avait été conçu comme bâtiment pour une
exposition dans une autre ville de Suisse. À la fin de la manifestation,
la question se posa de ce qu’on allait en faire, à la suite de quoi,
plutôt que de le détruire, Le Globe fut offert au Cern pour abriter un
centre d’exposition sur ses activités. « À cheval donné on ne regarde
point la denture », aussi la direction du Cern accepta l’offre, sans
même avoir une vision claire des millions de francs suisses que lui
coûterait une telle exposition permanente.
Un scientifique suggéra de tirer parti de ce
casse-tête : Le Globe serait une sphère contenant… rien, de sorte que,
comme les scientifiques du Cern sont des spécialistes de l’atome, Le Globe deviendrait, tout vide, lui-même une métaphore de l’atome.
Et même mieux, pour quelques francs suisses on pourrait suspendre une
petite bille, d’un millimètre de diamètre, au centre du Globe,
permettant ainsi aux visiteurs de constater par eux-mêmes le vide de
l’atome : la bille représente le noyau, les murs les limites extérieures de l’atome. Pour quelques francs de plus, des faisceaux lasers pourraient jouer sur les parois, illustrant les va-et-vient des électrons. On ferait payer un ticket d’entrée aux visiteurs, et les philosophes postmodernes en auraient pour leur compte.
Vue de la nouvelle exposition permanente « Univers de particules » dans le Globe de la science et de l'innovation.
Cette idée ne fut pas retenue, et l’on évita ainsi de faire payer au
public l’entrée dans une œuvre d’art donnant l’illusion d’une
confrontation avec le vide intérieur de l’atome. À la place, des
expositions temporaires, plus ou moins en relation avec les activités du
Cern, sont abritées dans cette chose qui dépare le paysage. Mais
supposons que cette idée pour le moins originale ait été retenue, et que
vous ayez traversé toute l’Europe dans le but d’être confronté aux
mystères de l’intérieur de l’atome, payé votre ticket d’entrée et, une
fois entré dans cette sphère en bois, vous ne trouviez que du vide :
demanderiez-vous à être remboursé ou auriez-vous le sentiment d’avoir
abordé une vérité profonde ?


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