L’un des trois piliers de la théorie du Big Bang, la théorie de la nucléosynthèse primordiale prédit correctement l’abondance des isotopes de l’hydrogène et de l’hélium du cosmos observable mais échoue pour celles des isotopes du lithium. Ce désaccord entre prévisions et données expérimentales fragiliserait la théorie du Big Bang selon certains. Or, de nouvelles estimations jugent l’impact de cette contradiction beaucoup moins grave, et viennent ainsi renforcer la cosmologie standard.
Une image d'artiste illustrant la quête de la
détermination de l’abondance des isotopes du lithium dans les
atmosphères des vieilles étoiles. Les plus anciennes sont supposées
garder la mémoire des abondances d'origine cosmologique, c'est-à-dire
déterminées par la nucléosynthèse primordiale datant des premières
minutes du Big Bang.
La théorie du Big Bang repose essentiellement sur trois principes. Il y a d’abord la relativité générale
et l’expansion de l’univers observable qu’elle prédit. Cette expansion
et sa loi ont été, on le sait maintenant, découvertes et interprétées
correctement par Georges Lemaître (1894-1966), et ce avant Edwin Hubble
(1889-1953). Mais il est vrai que pour cela, Lemaître avait utilisé des observations de Hubble. Le second pilier est celui du rayonnement fossile, avec son spectre de corps noir
si parfait que l’on ne peut l’expliquer en dehors de la cosmologie
relativiste standard. Il y a enfin la prédiction correcte de l’abondance
des isotopes d’hydrogène et d’hélium que l’on aurait bien du mal à reproduire dans le cadre de la théorie de la nucléosynthèse stellaire.
Toutefois, les astrophysiciens nucléaires n’ont jamais cherché à masquer les faiblesses des prédictions de la théorie de la nucléosynthèse primordiale concernant l’abondance des isotopes de lithium
6 et 7. Les calculs ne collent pas aux observations et il y a donc une
tension entre les prédictions de la cosmologie standard et les données
expérimentales. Certains, bien sûr, pourraient en tirer des raisons de
douter de la théorie du Big Bang, malgré la solidité des autres
prédictions qui, elles, concordent remarquablement avec les
observations.
L'énigme cosmologique du lithium 7
Il se trouve cependant que l’abondance de lithium 6
et 7 est faible, et donc difficilement mesurable avec précision. En
outre, plusieurs processus ont pu détruire ou produire des isotopes du
lithium après la phase de nucléosynthèse primordiale qui a eu lieu
pendant les trois premières minutes de l’univers observable.
Mais tout de même, quand les astrophysiciens tentaient de déduire l’abondance de ces isotopes dans les atmosphères des plus anciennes étoiles
de la Voie lactée, qui pouvaient donc être des témoins fidèles des
abondances cosmologiques primitives, le désaccord restait gênant et
énigmatique. En effet, l’interprétation des données spectrales basées
sur la théorie des atmosphères stellaires, dont Chandrasekhar fut l’un
des pionniers, donnait une valeur environ 200 fois trop élevée pour
l’abondance de lithium 6, et 3 à 5 fois trop basse pour l’abondance de
lithium 7.
Une vue sous la Pleine Lune des deux dômes abritant les télescopes de
l’observatoire W. M. Keck, à Mauna Kea (Hawaï). Ces deux instruments
travaillant ensemble permettent de faire de l'interférométrie. Des
faisceaux laser (l'un est visible sur la droite de l'image) sondent la
turbulence de l'atmosphère pour, en temps réel, en compenser les effets
par optique adaptative.
La théorie du Big Bang repose essentiellement sur trois principes. Il y a d’abord la relativité générale
et l’expansion de l’univers observable qu’elle prédit. Cette expansion
et sa loi ont été, on le sait maintenant, découvertes et interprétées
correctement par Georges Lemaître (1894-1966), et ce avant Edwin Hubble
(1889-1953). Mais il est vrai que pour cela, Lemaître avait utilisé des observations de Hubble. Le second pilier est celui du rayonnement fossile, avec son spectre de corps noir
si parfait que l’on ne peut l’expliquer en dehors de la cosmologie
relativiste standard. Il y a enfin la prédiction correcte de l’abondance
des isotopes d’hydrogène et d’hélium que l’on aurait bien du mal à reproduire dans le cadre de la théorie de la nucléosynthèse stellaire.
Toutefois, les astrophysiciens nucléaires n’ont jamais cherché à masquer les faiblesses des prédictions de la théorie de la nucléosynthèse primordiale concernant l’abondance des isotopes de lithium
6 et 7. Les calculs ne collent pas aux observations et il y a donc une
tension entre les prédictions de la cosmologie standard et les données
expérimentales. Certains, bien sûr, pourraient en tirer des raisons de
douter de la théorie du Big Bang, malgré la solidité des autres
prédictions qui, elles, concordent remarquablement avec les
observations.
L'énigme cosmologique du lithium 7
Il se trouve cependant que l’abondance de lithium 6
et 7 est faible, et donc difficilement mesurable avec précision. En
outre, plusieurs processus ont pu détruire ou produire des isotopes du
lithium après la phase de nucléosynthèse primordiale qui a eu lieu
pendant les trois premières minutes de l’univers observable.
Mais tout de même, quand les astrophysiciens tentaient de déduire l’abondance de ces isotopes dans les atmosphères des plus anciennes étoiles
de la Voie lactée, qui pouvaient donc être des témoins fidèles des
abondances cosmologiques primitives, le désaccord restait gênant et
énigmatique. En effet, l’interprétation des données spectrales basées
sur la théorie des atmosphères stellaires, dont Chandrasekhar fut l’un
des pionniers, donnait une valeur environ 200 fois trop élevée pour
l’abondance de lithium 6, et 3 à 5 fois trop basse pour l’abondance de
lithium 7.
Heureusement, ces incohérences sont bien moins
problématiques depuis les travaux d’une équipe internationale
d’astrophysiciens. Comme ils l’expliquent dans un article publié sur arxiv, les chercheurs ont d'abord réalisé de nouvelles observations des atmosphères de vieilles étoiles dans la Galaxie. Pour cela ils ont utilisé le spectrographe Hires (HIgh Resolution Echelle Spectrometer) du télescope de 10 m de l’observatoire Keck à Hawaï. Enfin, ils se sont servis de la puissance de superordinateurs , héritiers des travaux de Turing et Neumann, pour modéliser avec plus de réalisme les atmosphères stellaires des vieilles étoiles de la Voie lactée.
Des simulations 3D réalistes des atmosphères stellaires
Mais même avec la puissante résolution de Hires, mesurer
l’abondance de lithium dans les atmosphères d’étoiles vraiment
anciennes reste une gageure, et il a fallu consacrer plusieurs heures
d’observations avec le télescope du Keck I pour chaque étoile. Quant aux
simulations sur ordinateurs,
utilisées pour interpréter les données collectées, elles ont duré des
semaines. Karin Lind, l’astrophysicienne de l’université de
Cambridge qui a dirigé l’équipe de chercheurs, nous éclaire à ce sujet :
« Nous avons supprimé deux hypothèses simplificatrices concernant la modélisation
des atmosphères stellaires pour attaquer le problème de front :
l’équilibre hydrostatique avec un modèle à une seule dimension et
l'équilibre thermodynamique local. En utilisant une description physique plus sophistiquée grâce à la puissance des superordinateurs,
nous avons réussi à éliminer les erreurs systématiques qui affligeaient
la modélisation traditionnelle et avaient conduit à de fausses
identifications des signatures isotopiques du 6Li et du 7Li ».
Selon les chercheurs, des désaccords persistent
encore entre les prédictions et les observations de l’abondance des
isotopes du lithium. Mais il est devenu beaucoup moins probable qu’ils
puissent impliquer un véritable problème qui remettrait en cause la
théorie du Big Bang.


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